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19 févr. 2008

La CAN: terrain maudit, malgré tout

Merci la CAN!

Il y’avait de quoi se faire du souci. A force d’être gavé – voir lobotomisé – semaine après semaine, des soi-disant grands chocs européens insipides, le fan moyen du football aura peut-être manqué, de façon quasi anodine, une compétition qui aurait pu lui redonner le foot sacré. A l’heure des performances antalgiques de notre Nati, et des chocs en stock décevants des grands championnats (les récents Juve-Rome ou Chelsea-Liverpool ne contrediront personne), il a existé, deux mois durant, un palliatif salvateur en la Coupe d’Afrique des Nations (CAN).

Pourtant, au niveau de l’engouement populaire, aucune extravagance pour cette CAN: des banquettes souvent vides (pas plus de... 1'000 spectateurs pour Guinée-Namibie), des starlettes pas toujours concernées (Sissoko a préféré négocié son contrat avec la Juve que de s’impliquer pour le Mali), le tout agrémenté d’une vox populi européenne bien incapable de reconnaître l'allégresse bienfaisante que le championnat d’Afrique des Nations propose.



Heureusement, la CAN a su conserver son esprit festif, et une joie jamais dissimulée de pratiquer un style terre-à-terre du football, bien loin des exigences exsangues des magnats européens. Au programme : une passion du foot où la meilleure défense est l’attaque, et une volonté sempiternelle de donner à son peuple une once d’espoir dans un quotidien souvent terrible. Pas de rigueur tactique «à la Capello», pas de «catenaccio», et encore moins l’obligation de ne pas perdre, comme on le voit trop souvent sur les pelouses du Vieux Continent, là où la meilleure attaque reste – au dam du spectacle – la défense.

Cette CAN, merveilleux millésime de l’enchantement du football, nous aura fait découvrir, d’Accra à Kumasi, un ess(i)aim de talent que l’exposition internationale – même maigre – n’aura pu endiguer. Les Manucho, Zaki, Aboutreika et autre Pantsil (salut Gil) auront ainsi pu, une Coupe d’Afrique durant, faire leur coming-out.

Du côté des critiques (voir sondage plus bas), la CAN reste, bon an mal an, un cumul de tacles mal ajustés, tous posés sur une pelouse que mêmes certains champs de patates vaudois n’envient plus. Quant aux adeptes, ils pencheront toujours en faveur de cette grosse semelle godichonne, au détriment de simulations ridicules – voire grotesques – venues tout droit d’Europe. Chercher une théorie valable pour excuser le gazon perfide du Ghana serait ubuesque. Mais les invétérés du football africain n’en auront cure. Ils préfèreront toujours voir un foot de CAN offensif (3.09 buts par match) produit sur un parterre de mottes inégales, à un billard européen, qui est devenu – malgré les réminiscences du temps des Puskas – chasse gardée du 4-5-1 ultra défensif, que les Coupes Européennes vont indubitablement nous réserver.

Désormais, la CAN est terminée.

Cette semaine, la fameuse Ligue de Champions reprend ses droits. Niveau spectacle, il va peut-être falloir recommencer à se faire du souci.



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