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30 juin 2008

Campeones!

Célébration espagnole - un titre mérité
L'Espagne est championne d'Europe, 44 ans après son premier sacre
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L’Espagne glane ce titre tant convoité, et ajoute – enfin – une nouvelle ligne a son palmarès. Un palmarès par ailleurs trop maigre, au vue des aptitudes d’une telle nation a éclore de formidables talents du football.

La qualité empirique, et la domination sans partage des milieux de terrain ibériques en est la quintessence même, Arragones s'autorisant le luxe suprême de se passer d'un joueur de la trempe de Cesc Fabregas (formé au Barça) dans son onze idéal. Senna-Xavi-Inesta-Silva, une transition parfaite, équilibrant au mieux la rigueur défensive à l'harmonie offensive.

De par ce titre, l’Espagne se rapproche, niveau palmarès, un peu plus des grandes nations du football. Et c’est tant mieux.

Cette Espagne-là, formidable de jouerie, de technicité et de jeu collectif, détrône fabuleusement une Grèce apôtre de l’anti-jeu. L’Euro 2004 restera dans les anales comme un tournoi où la meilleure attaque était la défense ; alors que l’édition austro-suisse a souverainement inversé cette triste tendance – les fabuleuses épopées hollandaises, russes et espagnoles, toutes de véritables réjouissances offensives – définissant ce revirement avec un brio toléré.

Indéniablement, au-delà du succès ibérique, c’est tout le football qui sort grandi de cet ultime Euro 2008. Les partisans du beau jeu, les adorateurs du «toque», et les prosélytes du football offensif se sont régalés. Les puristes croiseront les doigts, implorant les Dieux du foot à maintenir cette délicieuse tendance offensive pour la prochaine Coupe du Monde sud-africaine et l’Euro polono-ukrainien de 2012.



Célébration espagnole - un titre amplement mérité
Campeones!

22 juin 2008

Jamais 3 sans 4?

L'Espagne en finale de l'Euro?
L'Espagne a reposé ses titulaires contre la Grèce. Ce repos suffira-t-il face aux italiens?
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Il ne fait pas beau être vainqueur de groupe.

Dans le football, la gestion de l’état de fatigue d’un groupe est parfois vectrice de remises en causes tactiques et de chamboulements d’effectifs. Cet Euro 2008 en est la quintessence même, les formations hollandaises, croates, espagnoles et portugaises – assurée de terminer en tête de groupe après deux victoires initiales – s’adjugeant le luxe suprême de reposer ses «stars» pour un dernier match de qualification aux résultats insignifiants.

A priori, une telle rotation semble sagement réfléchie, d’autant que les titulaires de ces nations trustent convulsivement les premiers rôles des meilleurs championnats européens, et semblent victimes de calendriers surchargés. L’accumulation de matchs, tout au long de la saison, induit donc un repos à priori logique des guerriers que sont van Nistelrooy, Ronaldo, Torres voire Modric.

Mais seulement voilà ; laisser un repos accessoire à ses titulaires a des effets collatéraux évidents : le relâchement psychologique. Dans un Euro long de trois semaines chrono, la condition physique est au moins aussi importante que la préparation mentale. Et si un match sans enjeu permet de recharger les batteries physiques, les ressources mentales, elles, subissent un contretemps fâcheux. Par la même occasion, le rythme de jeu des habituels titulaires est provisoirement cassé, la tendance positive suspendue, et l’intensité de la compétition enrayée. Inconsciemment, ces titulaires perdent un influx nerveux si précieux.

En s’imposant face à des équipes reposées, allemands, turcs et russes ont d’ores et déjà prouvé que, dans un tournoi d’un tel niveau, le mental sait déplacer les montagnes, suppléant aisément aux 90 minutes rendues à son adversaire. Les turcs n’ont-ils pas semblés plus volontaires que les croates, les portugais n’ont-ils pas été surclassés physiquement, alors que les bataves ont sombré en prolongations face aux russes ? A van Basten – qui avait reposé ses titulaires face aux roumains, alors que le onze russe s’affairaient à endiguer une qualification coriace face à la robuste Suède – de rajouter dans l’Equipe : «On a eu des problèmes physiques. Nous n'étions plus performants, alors que les Russes ont terminé très fort en mettant deux beaux buts. Pourtant, on aurait dû être plus en forme qu'eux, puisqu'ils ont eu une semaine de moins pour récupérer» Paradoxal en effet.

Dimanche soir, l’Espagne est prévenue ; sa seule fraîcheur physique ne suffira pas, d’autant qu’en face, s’érige une formation italienne que beaucoup annonçait comme perdue, mais qui désormais jouit d’un état mental enflé…

Et si, dès dimanche soir, le dernier vainqueur de groupe tombait aussi?




Les hollandais, pourtant reposés, ont souffert physiquement de l'opposition russe.




Semih et la Turquie, encore un incroyable retour.



Le Portugal a été suclassé physiquement face aux allemands

17 juin 2008

Suisse-Portugal 2-0 (0-0)



Le scénario était si prévisible. Quand la Suisse n’a plus besoin de s’imposer – hormis pour compenser un orgueil endolori – elle le fait. Quand cette satanée chance n’est plus un vecteur réglant l’issue d’une qualification rêvée, elle tourne, et prend des allures suisses - les poteaux de Nani, et ce pénalty oublié de Lichtsteiner le confirment. Et quand nos attaquants peuvent galvauder nos occasions sans répercussion, ils marquent. D’évidence, la chance a tourné. Mais c’est déjà trop tard.

Au final donc, trois petits matchs et puis s'en vont. Trois points illusoires, tout justes bons à ensoleiller la sortie de Kuhn et Zubi – héros hédonistes du peuple Suisse. La Suisse bat le Portugal avec passion, mais est lamentablement éliminée de «son» Euro.

«Papy Kuhn», tout le monde l’aime, malgré tout.

Heureusement pour Köbi, en Suisse, on ne fait pas comme tout le monde. En Italie ou en Angleterre, le public aurait réclamé sa tête. Ses choix auraient été critiqués, son attitude psalmodiée, et son coaching conspué. En Suisse pourtant, pays de concordance par excellence, on lui déploie une banderole émue «Merci Köbi», suintant d’ailleurs l’échec d’une campagne Euro 2008 complètement ratée.

A l’étranger, les sifflets auraient retentis, emplissant un stade rancunier où les regrets fuseraient parmi les travées. En Suisse, on l’encense, le public va même à l'extrême, poussant la chansonnette d'un «Köbi National» d’adieu. Une dernière holà pour saluer le rêve brisé de toute une nation...

Hors de nos frontières, les fédérations faîtières du football se seraient contentées d’un silenzio stampa de rigueur, s’autorisant une vive autocritique interne, à la recherche d'une explication d'un échec palpable. En Suisse, le Président de l’ASF Ralph Zloczower tire, dans une conférence de presse "un bilan positif malgré l’élimination de la Suisse".

Inutile de préciser qu’une telle affirmation, émanant d’un Président en manque d’ambition est d’une désinformation flagrante; et tout simplement pathétique.

En Suisse, décidemment, on ne pense pas comme tout le monde...



Köbi Kuhn, sept année de règne, pour un final catastrophique, malgré les apparences.


Philippe Senderos, une des satisfactions de l'équipe Suisse.



Inler, magnifique de volonté et de talent dans l'entre-jeu. En faisant les bons choix de carrière, ce joueur peut aller très loin.



Ferreira, et une bonne semelle sur l'excellent Behrami - un autre Suisse qui a réussi son Euro.


Magnin et une simulation "à la Nicolas Ravussin"...

12 juin 2008

Suisse-Turquie 1-2 (1-0)


Toute la détresse et la tristesse d'un peuple. Symbolique d'une déception évitable.
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J’ai la gorge sèche, et une soif de bière jubilatoire. La Suisse mène 1-0 à la mi-temps, et les ardeurs détrempées du onze à Köbi sont rassurantes, voire convaincantes – surtout après le débâcle tchèque. Pourtant, rien ne m’empêche de maugréer cette occasion ratée d’Hakan Yakin. Au fond de moi, nonobstant mon optimisme de façade, une certitude me tracasse : ce 2-0 manqué, on va le regretter, c’est inéluctable. Bon gré mal gré, je savoure ma Carlsberg.

Très vite pourtant, je déchante. La seconde mi-temps ne sera qu’une embrasure torturante, stigmatisant le manque évident de talent de notre équipe nationale. Pire, notre unique alliée de circonstance – cette pluie diluvienne qui causait tant de mal aux turcs (il nous fallait bien un peu d’aide) –, s’arrête abruptement.

D'évidence, il faudra donc s’en remettre à nos seules qualités intrinsèques, aussi pingres soient-elles. Là, je deviens inquiet. D'autant qu'en face, les turcs gagnent chaque duel au forceps, et chaque affrontement tourne à l’avantage des pensionnaires du bosphore. Pour ne rien arranger, les remplacements de «l’Empereur» Fatih Terim nous font mal. Très mal. Au fil de cette deuxième période, le bon sens, la raison et la sagesse remplacent – petit à petit – mon optimisme turbulent : nous n’avons manifestement pas la trempe d’un quart de finaliste.

Entre temps, Semih a égalisé. Anodin, finalement.

Ma bière devient alors à l’image de la prestation suisse : elle n'a plus de goût, et son insipidité m'écoeure. Défensivement, on observe, on erre, on tremble. Au milieu, on quadrille mal, on est en retard, on spécule. Devant le but, on tergiverse, on hésite, on péclote. Pourtant, il a été dit (et redit) qu’à ce niveau, il faut savoir concrétiser ses occasions de buts, savoir se muer en «tueur» des surfaces. Les tchèques et les turcs l’ont fait à notre dépens, avec la moitié d’occasions en moins! Nul besoin de chercher plus longuement les raisons de notre échec. Manifestement, notre équipe n’a pas le niveau.

94ème, le 1-2 tombe, inéluctablement. Je suis dépité. Les yeux rivés sur le sol, je remarque une affiche plissée de Barnetta, ventant les saveurs de la bière Carlsberg. Mais je n’ai plus soif, et j’ai la gorge nouée.

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Hakan Yakin s'excuse presque d'avoir marqué. Symbolique d'un destin animé du doute de soi.



Seule la météo aurait pu sauver la Suisse du naufrage. Symbolique d'une nation qui se cherche un sauveur.



Barnetta et sa Carlsberg. Symbolique d'un joueur que l'ivresse de l'Euro n'aura pas pu (blessé ou non) transcender.

9 juin 2008

Suisse - République Tchèque 0-1 (0-0)


57ème minute, Koller sort, Sverkos entre. C'est toujours 0-0...

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57ème minute. Le géant tchèque Jan Koller est remplacé. Il quitte la pelouse, la mine goguenard, l’allure lourdaud. Pour le supporter suisse lambda, ce changement sonne comme un soulagement : le tchèque, traînant ses 36 ans et de ses 202 centimètres, va enfin cesser de peser sur notre défense, avec sa réputation d’arme fatale. «Comment l’entraîneur Brückner peut-il se passer d’un tel attaquant ?» se demande même notre supporter.

D’autant plus que son remplaçant ne s’appelle même pas Milan Baros, mais Vaclav Sverkos. Inconnu au bataillon Champions League, sinistre oublié du championnat tchèque (il évolue au Banik Ostrava), ce joueur si fluet semble bien léger pour supporter, seul, le poids offensif légué par Jan Koller. Le supporter suisse en savoure... La suite pourtant, on la connaît. Sverkos inscrira le seul but du match (nous l’avions d’ailleurs annoncé). Il aura donc réussi là où tous les suisses ont échoué, à savoir concrétiser une seule occasion du but.

Un gros manque d'expérience.

«Quand vous jouez un Championnat d'Europe ou une Ligue des champions, quand vous avez une occasion, il faut marquer. Les Suisses ont eu plusieurs occasions mais ils n'ont pas marqué. Nous, notre première occasion franche, on l'a mise dedans» rajoute Peter Cech. Pour palier à son manque évident d’expérience, la Suisse avait fait de sa jeunesse, de son insouciance et de sa fougue sa principale raison d’être, et même sa devise. Samedi pourtant, c’est bien l’expérience tchèque qui aura fait la différence. La roublardise, le vécu, et le tutoiement constant du haut niveau d’une défense 100% italienne – les quatre défenseurs évoluent dans le Calcio – aura donc eu raison de la versatilité et de l’explosivité de la jeune garde helvétique.

«La Suisse est une équipe jeune, qui n'a pas beaucoup d'expérience mais qui se bat, qui court beaucoup. Honnêtement, j'étais content que ça se termine... » Les propos de David Rozenhal sont-ils si condescendants? D’évidence non. La Suisse a produit du jeu. Elle a réussi à faire douter la 7ème nation du classement FIFA. Par moments, ces tchèques ont été dépassés, dominés, et quand enfin s’ouvrait une brèche, une latte improbable est venue sauver Peter Cech. Rageant.

Depuis plusieurs semaines, la Suisse étrenne un label de poissard déchanté, rongée par les coups durs. Samedi, le malheur s’est encore abattu : la blessure de Frei, la main d’Ujfalusi et la latte de Vonlanthen ne sont que des éléments symptomatiques d’une nation qui doute, et que la poisse aime à embourber dans ses errements.

Imposer l'efficacité, au détriment du jeu.

A Patrick Müller de rajouter: «Nous avons vraiment bousculé les Tchèques. Mais la réussite n’était pas là. Ils ont eu deux occasions pour marquer un but et prendre les trois points. En football, ce n'est pas toujours la meilleure équipe qui gagne!» Mercredi face aux robustes turcs, la peur, l'angoisse et l'exaltation du match d'ouverture ne seront que lointains souvenirs. Pour se relancer, la Suisse devra se trouver un nouveau buteur (qui ?), et laisser de côté l’élégance du jeu pour concrètement faire place à de l'efficacité tranchante. Faute de quoi la Suisse sera éliminée sans gloire de «son» Euro...

Il faut désormais laisser place à l'optimisme. Un succès mercredi soir ouvrirait incontestablement les portes des quarts de finale. A Johan Djourou de rajouter: «Rien ne sert de se lamenter. Il faut aller de l'avant et se focaliser sur le match de mercredi. C'est désormais aux joueurs de prendre leurs responsabilités.»



Sverkos, l'homme par qui le malheur est arrivé.



Frei, ou quand la poisse s'acharne sur une nation.

5 juin 2008

Les pronostiques de l'UBS

Qui sera champion d’Europe ? Quelle sera l’équipe surprise ? La Grèce peut-elle rééditer son exploit de 2004 ? Evidemment, chacun y est allé de son propre pronostique, et pour justifier ses choix personnels, les arguments fusent à coups de «cette année, je les sens bien», agrémentés d’un iota de chauvinisme et d’utopie modérée. Le tout, toujours mêlé d’une once de réalisme, bien sûr.

Les entreprises y vont aussi de leurs pronostiques. L’UBS notamment, qui, après avoir savamment prédit que l’Italie serait championne du monde en 2006, remet ça pour l’Euro 2008. Mais une corporation comme l'UBS - au contraire de l'individu, souvent émotif et partial - ne laisse pas de place au seul hasard, préférant se reposer sur une solide rigidité statisticienne.

C’est donc par le biais d'un système de calculs ingénieux nommé the Elo ratings - une véritable base de données mettant habilement en contexte les antécédants des équipes - que la banque suisse s’est osée a un nouveau pronostique. Un pari plus osé cette fois-ci, l'élu de la banque étant la République Tchèque.





Simples balivernes de banquier, ou chef d’oeuvre de matheux ?

Les sales langues pesteront déjà, stipulant que de miser sur l’Italie en 2006 n’était pas un choix téméraire en soi, qu’une telle issue ne devait rien au génie d’une calculette géante. Bien. Mais que dire de ce modèle UBS, ayant allégrement pronostiqué 6 des 8 quart de finalistes (75%) et 13 des 16 (81%) huitièmes de finalistes de la Coupe du Monde allemande ? Coup de chance? La banque ne connaît pas, justifiant fièrement ses choix ombiliqués, rappelant du même coup que sur les six dernières compétitions majeures, elle a obtenu un taux de réussite moyen de 87% (sur les qualifiés du premier tour)!

Evidemment, ces statistiques n'ont d'importance qu'à ceux qui leur en donnent. Et dans son rapport – qui n’est qu’un véritable plaidoyer d’analyses historiques – l’UBS rappelle bon nombre de faits vérifiés, aux connotations seyantes. Extraits:

- Sur 12 championnats d’Europe, l’épreuve a connu 9 vainqueurs distincts, et 12 finalistes différents. Pour comparaison, la Coupe du Monde, forte de ses 18 éditions, ne connaît que 7 vainqueurs uniques, pour 11 finalistes.

- La France et l'Allemagne sont les seules nations à avoir remporté l'épreuve plus d'une fois.

- Plus de la moitié des vainqueurs de l’Euro sont des pays limitrophes au pays organisateur.

- Seuls trois pays organisateurs ont remporté «leur» Euro.

- La Belgique est le seul pays organisateur a ne pas passer le premier tour.



32 ans après le geste magique de Panenka en finale face à l'Allemagne (2-2, 5-4 tab), les Tchèques ont les faveurs de la cote UBS.