Comme pour accepter la sentence imminente, Vial quitte le terrain, la tête basse, comme dépourvu de toute vaine protestation. En stigmate d’une frustration enfouie, pourtant, règne une impression légitime d'injustice. Malmené, chahuté, les adversaires sainte-crix ne l’ont pas ménagé, le poussant carrément à bout, en usant et en abusant de fautes et de tacles d’anti-jeu à son égard. Quelques tirages de maillot, pour plusieurs tacles à retardement, menaçant carrément l'intégrité physique d'Anthony. L'arbitre siffle, mais ne sanctionne pas.
A force, c’en est trop. Au gré de pilonnages redondants, le geste d’humeur paraît inéluctable, d’autant que le match échappe discursivement aux chanvannais. Réactionnaire, Anthony pose un tacle appuyé, le premier, le seul, sur un défenseur adverse. Logiquement, l’arbitre brandit son carton jaune pour le geste revanchard. Mérité, malgré les antécédants.
Les choses auraient pu en rester là. Mais tout se compliquera sur un dernier sarcasme. Anthony lance, en direction de l’arbitre, la boutade de trop: "S'il te reste un carton, tu peux aussi t'en mettre un"
Déplacé? Probablement. Malhonnête, certainement pas. De son côté, l’arbitre jugea offensant, offusquant même. Ce sera le carton rouge, avec en guise d’impertinence, un sourire béant pour accompagner Vial aux vestiaires.
Une suspension, c’est une privation temporaire de liberté sportive : un jugement sportif. Depuis son bureau cosy du Mont-sur-Lausanne – siège de l’Association Vaudoise de Football – un officiel transposera cette expulsion en une sanction, pouvant aller d’un à cinq matchs de suspension.
Mon ami Magnin me l'a dit, le carton rouge a été créé durant l'ère Pelé dans un but protectionniste : celui de blinder les joueurs des agressions gratuites, et d’épargner les artistes du ballon rond des fameux tacles à la hauteur de la hanche, dont le but avoué est d’anéantir la mobilité d’un joueur. Dans le cas sainte-crix, l'arbitre a jugé qu'un carton rouge devait punir une phrase laconique, dépourvue de tout malhonnêteté.
Pire, depuis le Mont-sur-Lausanne, on a estimé que la diatribe d’Anthony valait 3 matchs de suspension ! Une véritable aberrance (surtout pour ceux qui se souviennent que Zidane a écopé de 3 matchs pour son coup de boule...). Aux tacleurs la liberté, aux abris les râleurs ! Un véritable système punitif à deux vitesses.
Evidemment, nous ne sommes pas ici pour prendre la défense des « grandes gueules » qui arpentent les terrains. Mais la communication virile entre joueurs et arbitres a toujours existé. Elle existera toujours, ça fait partie intégrante du sport. Ce qui a le don d’irriter, c’est de constater que les arbitres-gachettes, tout heureux de distribuer des avertissements pour des réclamations langoureuses, font légion. Ces mêmes pourfendeurs du droit footeux restent pourtant, parfois, réticents à l’idée de sanctionner l'accumulation de fautes d’un joueur, ou du geste qui peut blesser.

Zidane: 3 matchs de suspension pour son coup de boule. Hmmm.
Malheureusement, le cas d’Anthony n’est pas isolé. Sans vouloir entrer dans les détails, comment peut-on concevoir que notre club soit puni pour son match arrêté face à Bonvillars (3 cartons jaunes au total dans le match, et un arbitre qui arrête le match sans que personne ne comprennent vraiment pourquoi), alors que le Desportivo Payerne, (face à Ependes) coupable d’ « insulte, geste revanchard » et de « coup de pied intentionnel et dangereux » pour terminer le match à 8 (!), avant de casser du nez, et de rayer des voitures (!!) restent impunis ? Hmm, on parlait bien d’un système à deux vitesses.
Depuis quelques semaines, l'ACVF a décidé de punir, de stigmatiser les fauteurs de trouble. Va-t-elle trop loin? A chacun son avis. Mais une certitude, l’ACVF devrait se fixer une ligne claire, et s’y tenir. Car pour l’instant, mieux vaut mettre un coup de boule, casser un nez ou rayer une voiture, que de d’essayer de faire comprendre à l’arbitre qu’il est mauvais...

Le match Bonvillars-Champvent II a été arrêté pour beaucoup, beaucoup moins que ça.







